Association Civile El Periscopio

 Fondée en 2003, cette association regroupe d’anciens prisonniers qui, dans les années 70, sont passés par la prison de haute sécurité de Coronda, dans la province de Santa Fe, en Argentine. C’est elle qui a édité le livre Del otro lado de la mirilla - Olvidos y Memorias de ex Presos Políticos de Coronda 1974-1979.


En 2017, El Periscopio a joué un rôle déterminant en tant que partie civile au procès pour crimes contre l’humanité dont ont fait l’objet deux commandants de gendarmerie qui ont dirigé la prison pendant la dictature.

L’association est également l’éditrice du livre Ni fous, ni morts, version française de l’œuvre collective Del otro lado de la mirilla.


Historique

«Si vous sortez d’ici, ce sera fous ou morts». Par ces mots adressés à des détenus, Adolfo Kushidonshi, commandant de gendarmerie et directeur de la prison de Coronda, résumait les objectifs du régime appliqué aux prisonniers politiques pendant la dernière dictature argentine (1976-1983).

Quarante ans plus tard, il a été jugé et condamné à 22 ans de prison, de même que Juan Ángel Domínguez, un autre commandant directeur de la prison accusé avec lui. Ce verdict de mai 2018 est historique.

Ni fous, ni morts est la version française du livre Del otro lado de la mirilla —Olvidos y memorias de la cárcel de Coronda, 1974-1979. Il s'agit de récits de la vie collective menée, dans les années 70, par les prisonniers politiques de l’établissement pénitentiaire de haute sécurité de Coronda, ville argentine située entre Rosario et Santa Fe, à quelque 500 kilomètres au nord-est de Buenos Aires. Ces témoignages expriment, souvent avec humour, la résistance quotidienne, unie et collective, contre l'horrible régime auquel étaient soumis ces prisonniers.

1153 détenus sont passés par cette prison de 1974 à 1979, année où, soumis à de fortes pressions nationales et internationales, le gouvernement a décidé de ne plus y incarcérer de prisonniers politiques. La plupart d’entre eux y ont été emprisonnés au cours de la violente répression qui a suivi le coup d’état du 24 mars 1976 et qui ne s’est achevée qu’en décembre 1983.

L’introduction de la première édition (2003) explique: «Ce livre est une œuvre collective qui rend compte de notre vie en prison. Ses chapitres sont composés, pour la plupart, de témoignages d’auteurs différents. Tous les récits sont anonymes. 70 d’entre nous en sont les rédacteurs. Nous voulions évoquer en lettres noires nos larmes incolores, le soleil de nos rires, le rouge de notre lutte quotidienne pour survivre. Nos récits viennent du plus profond de nous-mêmes. Ils sont notre contribution au combat, plus que jamais impératif, pour la sauvegarde de la mémoire, en faveur de la justice et du châtiment des crimes. Un tel projet collectif est un fait unique en Amérique latine».

Au vu du succès de l'ouvrage, une deuxième édition revue et augmentée a été publiée en 2008. Et c’est sa traduction en français qui paraît maintenant, 17 ans plus tard. «C’était le temps dont nous avions besoin pour nous convaincre que nos récits devaient franchir les frontières argentines, car ils expriment une histoire humaine universelle susceptible de toucher les lecteurs, même s’ils vivent à des milliers de kilomètres. Pour que ces lecteurs, parce que ce sont des êtres humains, sachent voir en nous des jeunes, entre 18 et 25 ans pour la plupart, appartenant à une génération incroyablement altruiste. Pour qu'ils comprennent que les mots torture et mort faisaient partie de notre vocabulaire ordinaire, même si nous faisions le pari de la vie, parce que nous militions pour une Argentine où règneraient une justice véritable et une démocratie réelle. Une Argentine généreuse, solidaire, égalitaire et humaine.»

Le livre Del otro lado de la mirilla a constitué un élément à charge dans le procès pour crimes contre l’humanité dont ont fait l’objet, en mai 2018, trois commandants de gendarmerie, anciens directeurs de la prison de Coronda. L’un a été condamné à 22 ans de prison et l’autre à 17 ans, le troisième accusé étant mort avant le procès.

C’est avec la satisfaction de pouvoir agir contre l’oubli que l'association El Periscopio, éditrice du livre, s'est constituée partie civile au procès. Ce verdict n’est pas une revanche mais un acte de justice. Cette merveilleuse victoire est venue couronner la tâche entreprise avec le soutien de très nombreuses personnes, suivant les pas des mères et des grands-mères de la place de Mai dans leur lutte contre l’oubli et pour la dignité.

Tout comme son original, la version française du livre est l’œuvre d’un collectif. Comme par magie, ce sont près de 70 personnes du mouvement de solidarité qui ont rendu possible sa publication. Une douzaine de militants associatifs ont participé à la conception et à la gestion du projet, à la traduction de l’original et à sa révision. Les dons de près de 60 personnes ont permis de financer entièrement l’entreprise. Hier, à Coronda, la résistance était collective, unitaire. Aujourd’hui, ce livre est le fruit d’une initiative autogérée et d’un effort collectif.